L’ESCALADE GENEVOISE DE 1602
L’ESCALADE GENEVOISE DE 1602
Genève
internationale
2000 MERCENAIRES ESPAGNOLS ET ITALIENS, AU SERVICE DES SAVOYARDS, ATTAQUENT
EN 1602 LA VILLE DE GENEVE SOUS LE COMMANDEMENT DES SAVOYARDS
L'alarme est donnée à 2h30, la Clémence (cloche de la cathédrale Saint-Pierre) sonne le tocsin qui est relayé par toutes les cloches des églises.
Les citoyens se lèvent, saisissent des armes et, en chemise de nuit, viennent prêter main forte aux milices bourgeoises. Même les femmes s'en mêlent et on en voit manipulant lances et hallebardes comme de vieux briscards.
La bataille fait rage dans tous les coins de la ville mais les Savoyards peuvent encore l'emporter s'ils arrivent à ouvrir la porte de Neuve. Ils réussissent à s'en emparer et s'apprêtent à en faire sauter les gonds quand Isaac Mercier, un Lorrain, fait tomber la grande herse qui résiste à tous les assauts. Le gros des troupes reste hors les murs alors que ceux qui réussissent à les franchir sont massacrés ou refoulés.
Les rares prisonniers, et parmi eux la fine fleur de la noblesse d'épée savoyarde, sont confiés dès le lendemain aux bons soins du bourreau Tabazan et les 67 têtes, sur des piques, ornent jusqu'en juillet les murs du rempart de l'Oie. Genève, quant à elle, pleure la mort de 18 de ses citoyens.
Charles-Emmanuel Ier de Savoie fut duc de Savoie et prince de Piémont de 1580 à 1630. (Médaillon exposé à la maison Tavel)
L’ESCALADE
GENEVOISE
DE 1602
L’Escalade, célébrée dans la
nuit du 11 au 12 décembre à
Genève, marque la victoire de la ville, au-jourd'hui suisse, sur les troupes du duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er à l'occasion de l'attaque savoyarde lancée dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 (selon le calendrier julien).
Le nom escalade évoque la tentative savoyarde d'escalader les murailles de la ville de Genève au moyen d'échelles.
Depuis plusieurs années, les ducs de Savoie convoitent la ville riche et prospère qui compte environ 12’000 habitants. Lorsque Charles-Emmanuel Ier monte sur le trône en 1580, il projette de faire de Genève sa ca-pitale au nord des Alpes et de combattre le calvinisme avec l'appui du pape Clément VIII. Cela ne plaît pas du tout au roi Henry IV de France qui envoie quelques soudards pour atteindre une garnison forte d'une centaine d'hommes.
En 1602, Charles-Emmanuel Ier décide d'en finir. Il réunit une troupe d'environ 2000 mercenaires, principalement espagnols (fournis par son beau-frère Philippe III d’Espagne) et italiens, car les Savoyards ne sont pas fiables à ses yeux (trop de liens avec Genève).
D'ailleurs tous ceux qui peuvent apercevoir la concentration de troupes sont systéma-tiquement arrêtés afin qu'ils ne puissent pas donner l'alerte. La date est fixée: ce sera la nuit du 11 au 12 décembre (selon le ca-lendrier julien), l'une des plus longues de l'année. La lune est cachée et les vigiles ont plus tendance à se rechauffer à l'intérieur qu'à rester sur les murs de la ville.
Les 2000 hommes se mettent en branle, longent l’Arve et se rassemblent à Plainpalais à 2h du matin. Le plan original est d'ouvrir les portes (à l'aide de commandos) afin de pouvoir laisser entrer les soldats.
Le plan semble se dérouler à merveille et l'avant-garde escalade la porte de la Monnaie qui n'est plus gardée par mesure d'économie. On envoie même un émissaire chargé de né-gocier la paix, histoire d'endormir les soupçons. Les fascines comblent le fossé, les échelles sont dressées, plus de 200 Sa-voyards sont déjà dans la place et leurs chefs parcourent les rues désertes de la cité.
D'Albigny envoie même un message à Charles-Emmanuel Ier (“C'est fait”) et dépêche immédiatement des messagers dans toute l’Europe.
Entendant un bruit bizarre, deux sentinelles sortent sur le rempart de la Monnaie et tombent nez à nez avec l'avant-garde sa-voyarde. Le premier est rapidement estourbi mais le second a le temps de lâcher un coup d’arquebuse.
Le lendemain de l’Escalade, Tabazan, le bourreau de Genève, avait beaucoup à faire.
67 prisonniers savoyards, et parmi eux la fine fleur de la noblesse, furent décapités. Les têtes furent mises sur des piques et ornaient jusqu’en juillet les murs du rempart
de l’Oie.
(A droite, c’est
Claude Lambert
dans le costume
de Tabazan)
Il envahit de nombreuses fois le Dauphiné et poussa même jusqu’à Fréjus en 1590, s’emparant de Draguignan et d’Aix, mais il est battu le 17 septembre 1591 à Pontcharra par Lesdiguières. Il attaque à nouveau les possessions françaises, et prend le fort d’Exilles en 1593.
Henri IV, après avoir envahi la Savoie et le Piémont, se fit céder le Bugey, le Valromey et le pays de Gex par le traité de Lyon en 1601. Le marquisat de Saluces devient définitivement une possession de la Maison de Savoie.
Il projetait de faire de la riche et prospère cité de Genève la nouvelle capitale de son duché. Mais son expédition hasardeuse du 11 décembre 1602, composée de mercenaires espagnols et italiens, menés par d'Albigny échoue lamentablement. En 1603, il sera contraint de signer avec Genève le traité de Saint-Julien garantissant à la cité la paix et nombre de droits. (Gravure à gauche: Wikimedia commons)
Charles-Emmanuel Ier de Savoie, dit le Grand, né au château de Rivoli le 12 janvier 1562, mort à Savigliano le 26 juillet 1630, fut duc de Savoie et prince de Piémont de 1580 à 1630. Il était fils de Emmanuel-Philibert, duc de Savoie et prince de Piémont, et de Marguerite de France (la plus jeune des filles de François Ier).
Allié à l’Espagne par son mariage, il profita des guerres de religion pour s’emparer du marquisat de Saluces (1588l) et reçut des Ligueurs le titre de compte de Provence (1590).
(Armoirie à gauche issue de Héraldique européenne: dessinée par Odejea, juin 2008. Wikimedia commons).
LA MÈRE ROYAUME
La légende veut que Dame Royale faisait mijoter une soupe aux légumes dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Or, c’est cette nuit-là que choisissent les Savoyards pour se lancer à l’assaut de Genève. Dame Royaume se serait saisie de la marmite de soupe et l’aurait lancé de sa fenêtre sur la tête d’un soldat savoyard.
C’est ce geste qui l’a rendue célèbre et qui a donné naissance, plusieurs centaines d’années après, à la tradition de la marmite en chocolat, garnie de légumes en massepain.
Plaque commémoratif en bas de la Rampe de la Treille ou se trouvait la porte de Neuve et ou Isaac Mercier a fait tomber la herse, fermant l’accès à la ville définitivement pour les mercenaires espagnols et italiens.
MAIS QUI ÉTAIT DONC LA MÈRE ROYAUME EN RÉALITÉ ?
La Mère Royaume, ou Dame Royaume, s’appellait Catherine Cheynel.
Elle était née à Lyon entre 1540 et 1545, fille de Claude Cheynel, elle épouse d’abord un maître d’armes, Jehan Esmyon, puis devenue veuve, épouse le 12 avril 1564 à Lyon, Pierre Royaume, fils de Mathieu Reaulme, un potier d’étain.
Les Royaume quittent Lyon pour fuir les persécutions contre les huguenots et s’installent à Genève en septembre 1572. Une fois exilé à Genève, Pierre devient graveur de monnaie et de ce fait, le couple réside près de la porte de la Monnaie. Le 15 septembre, Pierre Royaume est admis comme habitant de Genève, trois semaines après le massace de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) qui eut des répercussions à Lyon.
La bourgeoisie genevoise est accordée aux Royaume le 17 janvier 1598. Les Royaume ont 14 enfants dont plusieurs meurent en bas-âge.
Plaque commémorative en honneur du syndic Jean Canal, qui a trouvé la mort pendant l’Escalade, en haut de la
rue de la Tertasse qui monte dans la Vieille-Ville.
Tableau à gauche:
La bataille de l’Escalade
De retour auprès de Charles-Emmanuel Ier, d'Albigny s'entendit dire : “De cette esca-lade, Monsieur, vous avez fait une belle cacade” et c'est ce mot que l'histoire retient.
On dit qu'Henri IV, en recevant le tout premier message de Charles-Emmanuel Ier de Savoie, murmure entre ses dents: «Savoie a pris Genève. Il ne la gardera pas très longtemps.» Le lendemain, à la réception du second message, il part d'un éclat de rire qui résonne longtemps dans les couloirs du palais du Louvre.
Après sa défaite, Charles-Emmanuel Ier est obligé d'accepter une paix durable scellée par le traité de Saint-Julien du 12 juillet 1603. (extraits de Wikipedia)
Plaque commémorative sur le mur des réformateurs au Parc des Bastions
Source: Journal du temps de l’Escalade. Editions Slatkine, Genève. Wikimedia commons.
Gravure, source: Journal du temps de l’Escalade. Editions Slatkine, Genève. Wikimedia commons.
Nous remercions Luc Brunnschweiler et Yves Penet, responsable de l’Arsenal de la Compagnie 1602, de leurs précieux conseils
en créant les pages de l’Escalade.
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Cette sculpture au dessus de l’entrée de l’immeuble no 17 à la Corraterie, souvent présentée comme la Mère Royaume, est en réalité Dame Piaget.